ALMA FRANCE - ALlô MAltraitance des Personnes Agées et/ou des Personnes Handicapées

 Maltraitance des personnes âgées – Apprendre à la reconnaitre pour la combattre

L’engagement du réseau Alma – Reportage réalisé en Seine Maritime par AGEVILLAGE

"Des yeux pour voir des oreilles pour entendre" … et beaucoup de perséverance

Alma –Allo Maltraitance des personnes âgées et/ou handicapées, créée en 1995 par le Pr. Robert Hugonot (décédé en 2010) compte une soixantaine de centres (ou antennes) dans les départements. Une progression rapide dans les premières années, plus mesurée ensuite en raison de la difficulté pour certains départements plus petits de s’organiser pour lutter efficacement contre ce phénomène, de moins en moins nié aujourd’hui.

Pierre Delaunay, Président du Centre Alma de Seine Maritime (Rouen) et Secrétaire d’Alma France (Fédération) incarne l’engagement des bénévoles qui œuvrent dans l’ombre et inlassablement pour protéger ces personnes vulnérables, en situation de handicap, pour beaucoup lié à l’âge. « La société n’a pas encore pris toute la mesure de l’importance de ce phénomène ancien mais trop récemment révélé » affirme-t-il appelant de ces vœux davantage de moyens, de compétences humaines, notamment pour faire de la prévention par une sensibilisation sans relâche auprès de tout l’entourage de ces personnes à commencer par les médecins. Sur le terrain, après les signalements téléphoniques reçus via le 3977 ou en direct, le centre Alma de Seine Maritime suit les dossiers qu’il ouvre. 700 depuis sa création en 2002 dont près de 400 au cours des seules trois dernières années. Lors d’une rencontre ce 21 février 2012, Pierre Delaunay a fait partager ce qui l’anime et ses convictions, ses projets à la rédaction d’Agevillage.

Maltraitance. Définition. « Tout acte, ou omission qui a pour effet de porter gravement atteinte, que ce soit de manière volontaire ou involontaire, aux droits fondamentaux, aux libertés civiles, a l’intégrité corporelle, à la dignité ou au bien être général d’une personne vulnérable." C’est ainsi que le Conseil de l’Europe a défini en 1987 cette problématique dont des signalements émergeaient en provenance du corps médical depuis une dizaine d’années. Dans une note de 2011, l’OMS estime entre 4 et 6% le pourcentage de personnes âgées des « pays à revenu élevé » victimes d’une forme ou d’une autre de maltraitance.

Alma pour une action de proximité. La volonté du père fondateur. Le Pr. Hugonot. Médecin gérontologue, co-fondateur du Centre pluridisciplinaire de gérontologie de Grenoble a été invité à présider Au sein du Conseil de l’Europe, le groupe chargé d’étudier les violences contre les personnes âgées. Pour lutter contre ce phénomène alors tabou et invisible mais en cours de développement tant en famille qu’en institution mais dont les victimes se plaignent encore difficilement et rarement d’elles-mêmes, il a décidé de créer un réseau national d’écoute pour permettre par une action de proximité d’étudier et de résoudre les problèmes.

Formes de maltraitance : du concept à la réalité. Les indicateurs pour la reconnaitre. Issues des travaux du Pr. Hugonot 7 formes de maltraitance sont également distinguées par le Conseil de l’Europe : maltraitance physique ; maltraitance psychique ou morale, maltraitance médicale ou médicamenteuse ; maltraitance matérielle ou financière ; négligences actives ; négligences passives ; privation des droits. Ce sont aujourd’hui aussi les situations qu’identifient les écoutants tant au n° d’appel national 3977 que les écoutants bénévoles des antennes Alma. On distingue cependant confirme Pierre Delaunay une forme « principale » signalée qui peut cacher une forme secondaire (exemple un cas de maltraitance psychologique, cache une maltraitance financière.

Dispositif national et action de proximité. Complémentarité. Le dispositif national en vigueur associe, par convention, précise Pierre Delaunay, les missions de l’association Habeo (avec le n° national 3977) et celle d’Alma France. D’une part, le 3977 permet l’écoute, l‘orientation et l’analyse des signalements qui lui parviennent ; d’autre part Alma France fédère un réseau national d’écoute de proximité, d’analyse, de conseil, d’orientation, de traitement, et de suivi des cas qui lui sont signalés. « Un bon tiers des signalements de Seine Maritime continue de provenir en direct de notre n° local indique Pierre Delaunay qui reste convaincu de la vertu du lien de proximité. « Les gens appellent parce qu’ils nous connaissent. » Par ailleurs, « nous sommes dépositaire exclusifs des appels parvenus au 3977 qui concerne le département » précise –t-il et "c’est en principe le cas partout ou existe un centre Alma". Mais au-delà des appels la mission du centre est bien de traiter et d’assurer le suivi des problèmes signalés. Compte tenu de la complexité des situations, une action de proximité difficile, de longue haleine, un travail de fourmi qui nécessite beaucoup de délicatesse pour ne pas risquer de nuire davantage aux personnes victimes.

L’éthique Alma. Le centre Alma de Seine Maritime comme tous les autres, dans le respect des lois, règlements et chartes en vigueur s’attache à tenir les engagements suivants : 1. Ecoute de qualité./ 2. Respect de la vie privée et la dignité de toute personne. / 3. Accès adapté à l’information dans le respect de la confidentialité./ 4. Réflexion interdisciplinaire avant toute action./ 5. Transmission du cas à Alma France en cas de suspicion de conflit d’intérêt. 6. Utilisation concertée des informations dans l’intérêt de toute personne maltraitée. / 7. Action adaptée à la situation signalée./ 8. Attitude impartiale de tout intervenant. En conséquence, précise Pierre Delaunay « Alma s’interdit de qualifier son action à partir de considérations d’ordre religieux, ethnique, syndical ou politique. Nos services d’écoute, d’orientation de conseil, voire de médiation, sont proposés à titre gratuit et en aucun cas nous ne nous substituons à un service administratif, social, médical ou juridique ».

Organisation. "Insuffisance de moyens humains". Le fonctionnement repose sur quatre piliers. Les écoutants. Les référents. Le comité technique de pilotage. L’administrateur, membres de l’association adhérents élus au Conseil d’administration, bureau. Le centre de Seine Maritime compte 7 écoutants bénévoles qui se relaient deux par deux. Les appels sont accueillis le jeudi de 9h à 12 h. Les centres des départements voisins de Haute Normandie, le Calvados et l’Eure, accueillent aussi les appels à raison de 3 heures par semaine. L’écoute à deux permet une meilleure objectivité et de « confronter les perceptions » précise Pierre Delaunay qui indique également que l’antenne ne bénéficie en terme de « salariés » que des compétences d’une coordinatrice à temps partiel en emploi aidé. Les référents sont les professionnels de l’action sociale et médico-sociale mais aussi psychologue, juriste, avocat, police, … Consultés en fonction de leurs compétences spécifiques ils peuvent fournir des pistes pour agir avec pertinence dans le traitement du dossier. La multidisciplinarité dans l’action est un des principes conducteur d’Alma. Disposer de référents, c’est le fonctionnement optimal souhaité mais la réalité du terrain est autre précise Pierre Delaunay qui déplore manquer de compétences bénévoles et ne disposer actuellement que d’une assistante sociale, un juriste et un cadre soignant. Le comité technique de pilotage (CTP) doit être constitué de représentants, cadres des institutions et réseaux, conseil général, hôpitaux, CCAS, URIOPSS… Les membres de ce comité régulièrement convoqués aux réunions « ne viennent pas » s’attriste Pierre Delaunay qui s’attache a y rassembler les institutionnels mais aussi les associations de gérance de tutelle, d’aide aux victimes, d’aide domicile en ville et en milieu rural, de famille d’accueil, et d’aide (SOS amitié, ainés ruraux, petits frères des Pauvres, France Alzheimer, France Parkinson). Un large périmètre pour une lourde tâche à l’heure même où le Président de l’antenne Alma de Seine Maritime déplore fortement, à juste titre de n’avoir pas été convié à intervenir lors des « Journées de l’autonomie » que le Conseil général organisait précisément, ces 20 & 21 février.

La montée des abus de faiblesse parmi les cas signalés. Action et suivi. Pierre Delaunay confirme qu’aucune action ou disposition ne peut être prise sans l’accord de la victime. Il importe, notamment dans le cas de maltraitance psychologique, de ne pas rompre l’équilibre existant, même précaire, afin de ne pas risquer de nuire davantage à la personne ou même risquer de l’inquiéter davantage. L’OMS souligne que des visites à domicile effectués par les services sociaux et/ou de police peuvent avoir des conséquence négatives et entrainer une augmentation de la maltraitance. Le domicile continue de représenter 80% des cas de maltraitance signalés (compte tenu de l’importance de la population âgée vivant à domicile au regard de celle vivant en maison de retraite). Les maltraitances psychologiques s’y partagent le devant de la scène avec les maltraitances financières ; et les abus de faiblesses, notamment, préoccupent Pierre Delaunay. Ce type de maltraitance est de plus en plus fréquent insiste-t-il, expliquant l’énergie qu’il convient, dans ces cas, de déployer pour avancer. Un dossier peut être ouvert sur plusieurs années. Un temps bien incompatible explique-il avec « la périodicité annuelle exigée de nous par la Direction générale de la cohésion sociale en terme d’obligation de résultats ! » Dans le cas d’abus de faiblesse il faut parvenir à ce qu’il y ait dépôt de plainte. « Si la victime n’est pas en mesure de le faire, ou ne le veut, nous conseillons d’écrire au procureur. Mais si le courrier n’est pas suffisamment argumenté, renseigné, l’affaire sera classée. » Il s’agit donc d’un travail de fourmi, fait en général par un travailleur social. « Nous sommes bien soutenus, en l’occurrence, dans cette tâche par les Clic de la région » précise Pierre Delaunay. Les investigations se font auprès des proches, des entreprises soupçonnées, de la commission des fraudes, des aides à domicile, du médecin mais ce dernier très souvent ne souhaitant pas intervenir préfère garder les yeux fermés.

Prévention. Sensibilisation. Formation. La voie du salut ! L’action en aval d’un signalement, d’une plainte consiste tout d’abord à détecter le type de maltraitance. Mais en amont il ‘agit d’avoir « des yeux pour voir, des oreilles pour entendre », de porter attention à autrui pour être en mesure de repérer les facteurs de risques. Il peuvent être liés à la personne victime vulnérable (état de santé, « dépendance », troubles du comportement, …), à l’auteur (fragilité psychologique, surcharge morale et affective, addiction, troubles sociaux ou affectifs). à l’environnement (cohabitation dans un logement inadapté, violence intrafamiliale, violence sociétale), au personnel soignant ou aidant (manque de formation, d’échanges, surcharge …). L’auteur de maltraitance est un personnage bien banal et l’amour ne suffit pas pour préserver d’être mal traitant affirmait Michèle Myslinski lors d’une conférence organisée par Alma en juin 2010. Et, si la sanction apparait la seule voie évidente dans les cas d’abus de faiblesse, de réelle malveillance, elle est loin d’être adaptée et/ou facilement applicable voire souhaitable dans bon nombre d’autre cas. Le droit d’ailleurs n’est pas toujours « aidant » en la matière. Pour ce qui concerne le corps médical, notamment, puisque selon le code pénal le secret professionnel fait que l’on est passible de poursuite que l’on signale ou pas, rappelle Pierre Delaunay confirmant ainsi l’exposé Pr. Veron, juriste-pénaliste à la Faculté de Droit Paris XIII qui démontre que la maltraitance est quelque chose de sous jacent à des actes d’une extrême diversité qui recouvre presque la totalité du code pénal.

« Intégrer le phénomène, créer des réseaux, pour sensibiliser, faire de l’éducation populaire pour se préparer au choc des générations, promouvoir l’ ‘intergénérationalité’ au sein des villes, comme le fait Rouen, préparer les populations à vivre entre générations ». C’est ce à quoi s’attèle le Président d’Alma Seine Maritime qui appelle de ses vœux le détachement de compétences humaines pour développer des projets qui lui tiennent à cœur : des travaux universitaires mettant le phénomène en perspective et permettant l’évaluation des dispositifs en place, un observatoire des violences… « La société n’a pas pris la mesure de l’importance de ce phénomène » conclut-il. « Le dispositif en place est probablement efficace mais nous manquons de moyens. Des personnes ressources mises à disposition périodiquement pour quelques heures pourraient nous permettre d’avancer plus efficacement en matière d’action sociale, de statistiques, de communication, de connaissances sociologiques en échange nous leur offrons notre culture et connaissance de la problématique et des situations ». Campagnes de sensibilisation tout public pour mieux prévenir, actions de formation auprès des personnels soignant pour les aider à mieux comprendre les personnes vulnérables, c’est aussi ce que suggère l’OMS et le sens de son action dans ce domaine.


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