Historique
La maltraitance des personnes âgées est restée jusqu’à une période récente un phénomène méconnu, voire nié, ne faisant l’objet d’aucune étude. Pourtant, la prévention est basée sur une meilleure connaissance : l’exemple du fonctionnement d’un réseau d’écoute est là pour en témoigner.
L’indispensable évolution des idées qui a conduit à une meilleure prise en compte institutionnelle de cette réalité a connu quatre étapes :
- Les premiers signalements médicaux apparaissent dans les journaux spécialisés dans les années 1975-77 : quelques lignes de médecins ou de soignants qui découvrent dans leur clientèle une grand-mère battue. Ces signalements restent cependant très marginaux.
Aux États-Unis, des chercheurs commencent également à rapporter que les violences contre les vieux sont fréquentes, et accusent d’abord les institutions, puis la famille, creuset de toutes les violences .
- En 1987, le Conseil de l’Europe s’est saisi du problème des violences au sein de la famille . Robert HUGONOT, médecin gérontologue, fut invité à présider le groupe chargé d’étudier les violences contre les personnes âgées. Sous le nom de violences et négligences, le rapport final du groupe de travail a permis d’appréhender les violences physiques, les violences morales et psychologiques (injures, exclusion, non-respect des droits, etc.), les violences financières (héritage anticipé, spoliations diverses), les violences médicamenteuses (excès de neuroleptiques ou privation de médicaments), les brimades (ligotage sur un siège, privation de liberté) ou les négligences (l’oubli). Selon plusieurs enquêtes étrangères, ces diverses formes de violences concerneraient 5 % des plus de 65 ans, 15 % des plus de 75 ans et, en particulier, les personnes fragilisées par leur déficit intellectuel ou par des comportements (incontinences, fugues) épuisant la tolérance de l’entourage.
Lors du colloque précité du Conseil de l’Europe sur les violences au sein de la famille nous avons découvert que cette question était étudiée depuis une dizaine d’années dans plusieurs pays industrialisés (États-Unis, Canada, Grande-Bretagne, Suède, Norvège) alors que la France semblait l’avoir jusqu’alors ignorée. À la suite du colloque, quelques études ont donc été entreprises pour tenter de cerner la réalité du phénomène en France. Il est alors apparu qu’il fallait réduire les distances entre les plaignants et les écoutants, afin de mettre en place des réponses plus efficaces. L’importance de cette action de proximité avait été mise en évidence en Norvège par le Docteur Ida HYDLE lors d’une expérience conduite sur deux sites urbains.
La décision de répondre au problème de la maltraitance des personnes âgées par la mise en place d’un réseau national d’écoute téléphonique a été prise fin 1994 après l’abandon de plusieurs expériences moins convaincantes.
Cette orientation semblait apporter une réponse satisfaisante aux constatations suivantes : - la maltraitance des personnes âgées existe, mais elle reste secrète, tabou et invisible,
- elle se développe tant en famille qu’en institution,
- les victimes se plaignent rarement elles-mêmes,
- seule une action de proximité permet d’étudier et de résoudre les problèmes posés.
- Le réseau ALMA s’est alors progressivement mis en place. Il fait appel à des retraités bénévoles, formés à l’écoute et aux différents aspects de la maltraitance des personnes âgées. Ce choix d’employer des bénévoles s’est imposé à la fois en raison du manque de moyens financiers et d’une volonté d’amener les retraités eux-mêmes à mieux prendre conscience des risques de maltraitance liés au grand âge.
Le réseau a fonctionné au départ sur six sites qui disposaient d’une bonne infrastructure gérontologique, d’une plate-forme gériatrique sérieuse et d’un consensus entre tous les partenaires sociaux, juridiques, administratifs et privés.
- Son bureau fut choisi au départ au sein de la commission droits et libertés de la Fondation nationale de gérontologie et il réunissait alors la Caisse Nationale de Prévoyance, la Fondation de France et le ministère de la Santé.
